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BILLET DE CHLORATE DU MOIS DE DECEMBRE 2001
L'échelle et la rage de dents

C'est au moment où j'allais atteindre mon but qu'ils sont venus me chercher. J'ai dû descendre de mon échelle. Ils me posaient des questions trop précises. J'étais encore en train de rêver, une fois de plus en train de laisser faire mon inconscient, et eux, ils parlaient. Ils attendaient quelque chose. Ils s'étaient fait leur idée sur ce qu'ils voulaient savoir. Je les ai regardés attentivement et j'ai approfondi ma transe. Ces spécialistes de l'hypnose et des thérapies brèves savaient que j'avais longuement travaillé avec Erickson. Comment l'avaient-ils su ? J'avais tout fait pour me cacher parce que l'hypnose n'est pas du commerce. M'occuper de ma famille, soigner quelques patients et entretenir ma campagne, voilà qui me suffit.

Ils continuaient à parler, surtout celui de gauche. Ils voulaient organiser un grand congrès. Ils voulaient que j'y donne une grande conférence sur ce que jamais personne n'avait appris d'Erickson. Ils voulaient, ils voulaient...

A un moment, j'ai entendu démarrer une voix qui ressemblait à la mienne (et qui - j'en suis à peu près sûr - devait être la mienne). Elle s'adressait à ces visiteurs. Elle disait :

Je vais vous raconter une histoire. Cette nuit, j'ai eu très mal aux dents. Depuis hier soir, je sentais que ça montait. D'abord une gêne, puis une douleur sourde dans la gencive du haut. Et je me suis dit : c'est pour deux heures du matin. Je téléphone au dentiste pour qu'il me reçoive en urgence dès le lendemain matin. A deux heures pile, j'ai été réveillé par l'atroce rage de dents attendue. Je me précipite sur mon armoire à médicaments : rien. Aucun antalgique, aucun anti-inflammatoire. Je souffrais terriblement sans aucune autre possibilité que d'attendre la consultation du dentiste à la première heure. Et je voulais tellement ne plus avoir mal. Je voulais tellement ne plus souffrir. Je voulais tellement que ma bouche retrouve le silence confortable d'un fonctionnement normal. Pendant plus d'une heure, je suis resté misérable. Le temps est si long quand on a mal.
Dans ce temps terrible qui s'étirait, à un moment, j'ai entendu dans mon esprit une petite voix implorante qui disait : " Mais, Hercule, tu fais de l'hypnose ! Pourquoi n'en fais-tu pas maintenant ? C'est curieux, non ? ".
Je me suis allongé, les jambes allongées, les bras allongés et j'ai commencé à me concentrer sur ma douleur. J'ai analysé sa forme, sa taille, ses contours, sa couleur et son rythme. Mais je n'étais pas encore assez précis. J'ai recommencé pour mieux la connaître. Et recommencé. Et recommencé. J'apprenais toutes sortes de choses. Je n'ai pas pu finir mon étude parce que je me suis réveillé cinq heures plus tard, parfaitement reposé et la bouche silencieusement confortable.
En me voyant, le dentiste a plaisanté : où était la catastrophe annoncée ? où était l'urgence ? Je lui ai recommandé de ne pas présumer. Je lui ai recommandé de ne parler que quand il aurait vu . J'ouvre la bouche ; il voit et me confirme que j'avais eu raison de venir en urgence ; il se tait et se met au travail.

La nuit dernière et ce matin, j'ai beaucoup appris sur l'hypnose. C'est la raison pour laquelle vous m'avez trouvé sur mon échelle. Revenez-me voir dans un mois parce que j'ai d'autres histoires à vous raconter. Ecrivez-moi d'ici-là si vous voulez. En attendant, il faut que je remonte sur mon échelle. A bientôt, cher amis. Je remonte.
 
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