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BILLET DE CHLORATE DU MOIS DE MAI 2005 Laurier-sauce et Laurier-cerise Pour le laurier-sauce, il suffisait aussi d'y penser : on ne trouve pas, et même jamais, de sauce dans un laurier, mais il arrive qu'on trouve des feuilles de laurier dans une sauce, et ces feuilles, quand on les y trouve, viennent, très précisément et toujours de cette variété-là de laurier, jamais d'une autre. La résolution de ce problème onomastique sur lequel des chercheurs aussi géniaux que Max Prank, Gilles de Rennes, Ludwig Wrigenstein et Albert Einsswei s'étaient cassés les dents a enfin été réalisée par une équipe internationale pluridisciplinaire d'éco-anthropologie systématique, équipe dont les résultats viennent d'être publiés dans la prestigieuse revue Science . Nos chercheurs, dirigés par le réputé Guy Brobrolle, ont obtenu ce beau résultat grâce à ce qu'il faut bien appeler une révolution méthodologique dont ils racontent la genèse dans leur article. Je ne peux m'empêcher de vous la raconter à mon tour car elle en vaut la peine. Un dimanche midi, Brobrolle déjeunait avec sa femme chez sa belle-mère. Le repas s'éternisait. Les deux femmes parlaient pendant que Brobrolle se taisait. Ce babillage charmant était comme un musique de fond, comme la radio du matin pour les ménagères. Alors Brobrolle rêvassait. Il avait bien complimenté, comme d'usage, sa belle-mère pour le quatre-cent-trente-neuvième rôti de veau depuis le début de leur mariage qu'elle était en train de leur servir ce jour-là, mais il rêvassait et c'était bon. Et ça refroidissait. On ne le regardait pas, on ne le voyait pas. Des souvenirs d'enfance lui traversèrent la tête. A l'époque non plus, dans les réunions de famille, on ne le regardait pas, on ne le voyait pas et ça lui avait permis pas mal de choses. Alors, il trempa ses doigts dans la saucière, bien profondément, et c'était bon. Mais au moment où il allait en retirer ses doigts pour les lécher, il s'entendit appeler par sa belle-mère. Il mit sa serviette sur la main pour cacher celle-ci et on cherchait la saucière, ce qui détourna l'attention de lui. Dans la sauce, sous la serviette, ses doigts sentirent quelque chose de dur auquel ils purent s'accrocher pour commencer à s'essuyer. Comme ça, ça tacherait moins la serviette. D 'un geste expert, les doigts sur le truc dur, il se retira, la serviette autour de la main. Sur ses genoux, il déploya la serviette et vit que le fameux truc dur n'était rien d'autre qu'une feuille de laurier. Ce fut le début de la révolution. D'abord, il s'avisa que sa belle-mère était une femme charmante, pleine de ressources. Ensuite, que la vie de couple était merveilleuse. Je passe sur les étapes du bouleversement pour arriver au summum, exposé dans l'article de Science . Si le laurier ne fait pas de sauce, mais qu'on trouve du laurier dans la sauce, c'est que la recherche doit partir des faits. C'est la désormais célèbre théorie AFMT ( Actual Fact Methodology Theory ), qui, pour être juste, a tout de même un certain nombre d'opposants. |
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