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| BILLET DE CHLORATE DU MOIS DE MARS 2002 L'échelle du jardinier Exceptionnellement, il faut que je vous parle de mon jardinier parce qu'il a une échelle plus grande que la mienne. Lui, il monte avec dans les oliviers et les amandiers. Il les taille. Il arrive à faire des choses que je ne sais pas faire. La taille, c'est en ce moment et lui, c'est le Mozart de la taille, le vrai, l'artiste. Des fois, ça m'énerve, parce que je l'attends pendant des jours et des jours et il ne vient pas, malgré ses promesses au téléphone. Et par surprise, le jour où j'en ai vraiment marre et que je pense pour de bon à prendre quelqu'un d'autre, il arrive tout sourire chez moi. Aujourd'hui, je vois que je ne suis pas encore assez découragé pour qu'il arrive demain matin et que mes arbres soient beaux enfin, à nouveau, bien fructifères. Allez ! reprends encore un peu de dépression ce soir, mon vieux... Au début quand je le connaissais à peine, je croyais qu'il passait beaucoup de temps à ne rien faire. Je le voyais surtout fumer beaucoup de cigarettes au pied des arbres et de son échelle et se balader peinard en regardant le ciel. J'ai compris plus tard. Il ne se baladait pas. Il tournait lentement autour de l'arbre et l'observait longuement. Ensuite, en un clin d'oeil, il était monté dedans. On ne le voyait plus et il tournait dans l'arbre, toujours dans le même sens, armé du sécateur hérité de son père, tailleur comme lui. En une demi-heure, un olivier pluricentenaire avait sa nouvelle coupe pour un bout de temps. Il partait ensuite sous le suivant en allumant une autre blonde et en reprenant son air rêvasseur. Il m'a mis plein de mégots de blondes dans la campagne. C'est comme en thérapie. Je ne sais pas comment cela se passe dans le reste de la France mais dans le Midi, il n'y a plus beaucoup de vrais tailleurs. On ne trouve le plus souvent que des élagueurs, ceux qui ne savent que laisser d'horribles moignons et trognons au bout des troncs : des sauvages dont on voit les forfaits les plus évidents sur les platanes au bord des routes à la fin de l'hiver. Les élagueurs ont des grandes affiches pour signaler bien gros leurs chantiers aux passants : ils sont médiatiques. Personne ne peut ignorer qu'ils travaillent. Même la circulation des voitures est déviée parce qu'ils font des choses dangereuses et qu'il faut le savoir. Il ne faut pas risquer d'être blessé. Ils savent dire et faire dire qu'ils savent s'y prendre avec les arbres. Ils ne fument pas. Donc, ils sont aussi très écologiques. En plus, ils ne regardent pas le ciel, mais la chaîne de leur tronçonneuse pour vérifier qu'elle ne va pas, mal tendue, mal graissée, leur sauter à la figure dans l'action. Donc, ils appliquent aussi le principe de précaution. Quant à l'arbre, ils le voient après, une fois le travail terminé. Mon jardinier n'est pas médiatique. Il fume trop et son médecin le lui a dit. Enfin, ne lui demandez pas de couper un arbre parce qu'il gêne. Habilement, il trouvera toujours un moyen de l'arranger d'une manière qui profite à tout le monde, à l'arbre d'abord. C'est comme en thérapie. A propos de platanes, j'ai envie de vous raconter celle-ci. Pas loin de chez moi, dans une grande plaine entre deux collines, il y avait une route merveilleuse et bien droite, bordée de platanes, au milieu des vignobles. La mairie a fait couper tous les platanes parce qu'il y avait trop d'accidents. Chaque vendredi et samedi soirs, des voitures s'emplafonnaient dedans. Qui avait raison, des platanes de deux cents ans ou de ces pauvres jeunes gens de vingt ans sortant ivres de boîte de nuit pour conduire une machine appelée voiture plus jeune qu'eux encore ? En tout cas, maintenant, les platanes étant coupés, ils pourront rouler plus vite avec leurs réflexes abolis. Ils croient qu'il n'y a plus de danger. La mairie aussi croit que c'est plus sûr. Allez ! je remonte parce que je n'aime pas cette histoire. |
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