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| BILLET DE CHLORATE DU MOIS DE JANVIER 2002 L'échelle et la dépression Ils reviennent. Ils ont l'air un peu abattus. Bon, je descends et je leur raconte. Un jour, j'ai rencontré un homme déprimé. Il avait la quarantaine grisonnante. Femme, enfants, travail, tout marchait bien, mais il était très déprimé. Cafardeux tout le temps. Un sentiment de solitude en lui. Il me disait que ça remontait sûrement à l'enfance. Souvent à l'époque, malgré l'amour de ses parents, il s'était senti très seul. Il avait des souvenirs précis de collégien, seul à la maison les jeudis après-midi pendant que ses parents travaillaient et il avait le cafard. Une autre fois, bien plus jeune, il se rappelait qu'il attendait, terrorisé sous un lit, le retour de ses parents. Il avait cinq ans et était rentré seul à la maison de l'école malgré l'interdiction de ses parents, mais il faisait si beau ce jour-là qu'il avait cédé à la tentation. Et il attendait sous le lit la raclée qui allait arriver dès le retour de ses parents. Il se cachait mais ça n'allait servir à rien. Sa raclée, il allait l'avoir et il l'a eue. Nous sommes allés voir ça en hypnose. Il s'est replongé dans ses jeudis après-midi. Il a revu le ciel gris et bas de la région parisienne, le haut plafond du salon, le papier peint. Soudain, d'un seul coup, il a approfondi sa transe. De longues minutes plus tard, il en est sorti un grand sourire aux lèvres : " J'ai revu quelque chose que j'avais complètement oublié. C'est là que j'ai appris à aimer la musique. Il y avait un vieux phono et une pile de disques à côté. J'adorais mettre ça plein pot dans la maison. Surtout le Boléro de Ravel. Je mettais ça plein pot, je le pouvais parce que j'étais seul dans la maison. Pour une après-midi, la maison était entièrement à moi. Vous comprenez : entièrement. Alors, le haut plafond faisait une de ces caisses de résonance ! Fantastique ! Et j'étais le maître absolu des lieux ! Personne pour me dire ce que je devais faire. Je faisais absolument ce que je voulais, et même d'aller voir ce qu'il y avait sur la commode de la chambre de mes parents. " Il est parti ensuite se cacher sous son lit à cinq ans. Il avait l'air d'avoir peur. Re belote : d'un coup, il approfondit spontanément sa transe, il se réveille un peu plus tard, un sourire aux lèvres, et me dit : " Qu'est-ce qu'il faisait beau ! En désobéissant, j'avais pris mes risques. Je le savais. Je savais aussi que mes parents auraient très peur en ne me voyant pas à la sortie de l'école. La raclée, c'était juste. Mais qu'est-ce qu'il faisait beau ! Je ne regrette rien. Je me suis revu dans la rue à respirer l'air délicieux du printemps, vous savez, quand l'air commence à devenir légèrement chaud. Et je me sentais libre. Je découvrais ma liberté, je l'avais volée, j'étais content de l'avoir volée et je l'utilisais pour la première fois, toute neuve comme cette belle journée : je marchais dans la rue comme un grand. " Vous voyez, mes amis. Notre esprit inconscient sait ce qui est bon pour nous. Laissez-le parler un peu en vous et surtout, écoutez. C'est important. Bon, allez, je remonte. |
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